---
title: "Djanira : travailleurs, couleur et géométrie"
description: "Quatre peintures de Djanira, de la vendeuse de fleurs aux scieurs, montrent comment les gestes du travail s'organisent par la couleur et la géométrie."
canonical: https://chicodasilva.org/fr/articles/djanira-peintures/
lang: fr
license: https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/
translations:
  en: https://chicodasilva.org/en/articles/djanira-paintings/
  fr: https://chicodasilva.org/fr/articles/djanira-peintures/
  pt: https://chicodasilva.org/pt/artigos/djanira-pintura/
---

Art et artistes

# Djanira : travailleurs, couleur et géométrie

Quatre peintures de Djanira, de la vendeuse de fleurs aux scieurs, montrent comment les gestes du travail s'organisent par la couleur et la géométrie.

Un homme en chemise rouge se tient en équilibre sur un tronc, une scie presque aussi longue que son corps entre les mains. Dans un autre tableau, une femme assise garde les mains près de la poitrine pour coudre, entourée de petites fleurs rouges. Djanira da Motta e Silva (1914–1979) a fait du travail un sujet récurrent de sa peinture. Les gestes des personnes et les objets de chaque métier lui servaient aussi à organiser la surface des tableaux.[^masp2019]

Née à Avaré, dans l’intérieur de l’État de São Paulo, Djanira a passé une grande partie de sa carrière à Rio de Janeiro. Ses voyages au Brésil ont nourri ses peintures de fêtes, de pratiques religieuses et de scènes de travail. Les quatre œuvres réunies ici, peintes entre 1947 et 1959, permettent de voir comment elle donnait au quotidien une structure de couleurs et de formes bien délimitées.[^flores][^casa]

## Apprendre à peindre à Santa Teresa

Djanira a travaillé comme couturière et tenu une pension de famille à Santa Teresa, à Rio. Parmi ses pensionnaires se trouvait Emeric Marcier, qui lui a enseigné les techniques de la peinture, à commencer par la préparation des toiles. Dans son texte pour l’exposition de la Casa Roberto Marinho, Lauro Cavalcanti reprend un entretien où elle raconte que Marcier l’encourageait à développer une peinture différente de la sienne. L’apprentissage technique allait de pair avec cette autonomie.[^casa]

Le Museu de Arte de Santa Catarina mentionne aussi ses études de dessin au Liceu de Artes e Ofícios et sa participation au Salão Nacional de Belas Artes (Salon national des beaux-arts) de 1942. Sa formation, décrite comme autodidacte, comprenait ces rencontres et ces études. Djanira a appris auprès d’autres artistes et exposait déjà hors du Brésil dans les années 1940.[^masc]

## Vendedora de flores, 1947

![Une jeune femme pieds nus, en jupe rouge et veste violette, tient un grand bouquet ; de petits personnages, dont certains portent des ailes blanches, l'entourent devant des arbres et des bâtiments.](https://chicodasilva.org/editorial/djanira/vendedora-de-flores-1280.jpg)

*Vendedora de flores (Vendeuse de fleurs), 1947. Huile sur toile, 100,5 × 65 cm.

Djanira da Motta e Silva. Collection du MASP, MASP.01624. Don d'Orandi Momesso, 2015. Photographie : Eduardo Ortega. [Notice du MASP](https://masp.org.br/acervo/obra/vendedora-de-flores).*

La vendeuse occupe presque toute la hauteur de la toile. Son bouquet monte des mains jusqu’au visage, et les tiges vertes s’étalent sur le violet du vêtement. La jupe rouge forme une grande zone de couleur dans la moitié inférieure ; les pieds nus s’avancent sur le sol bleu gris. Derrière elle, les arbres sombres laissent entrevoir de petits morceaux de ciel et une rangée de bâtiments blancs.

Les différences de taille rendent la scène étrange. Autour de la figure centrale se trouvent des enfants et des êtres ailés, si petits qu’une fillette en vert tient entre les pieds de la vendeuse. À droite, près d’un chien clair, deux personnages portent un tissu blanc tendu entre eux. Les ailes et les pétales blancs réapparaissent en plusieurs endroits, à travers les zones vertes et rouges.

Isabella Rjeille et Rodrigo Moura lisent le tableau à partir de l’enfance et du travail. Dans leur texte pour le MASP, les anges et les figures lumineuses ouvrent une dimension imaginaire autour du travail des enfants. L’échelle du personnage central et le mouvement des petites figures font coexister la rue et la fantaisie.[^flores]

## Costureira, 1951

![Une femme assise sur une chaise sombre coud un tissu blanc posé sur ses genoux ; des fleurs rouges aux feuilles vertes couvrent les murs et le sol roses, près d'un rideau rouge.](https://chicodasilva.org/editorial/djanira/costureira-1280.jpg)

*Costureira (Couturière), 1951. Tempera sur toile.

Djanira da Motta e Silva. Collection du Museu Nacional de Belas Artes/IBRAM, Rio de Janeiro. Photographie : Jaime Acioli. [Notice de l'exposition au MASP](https://masp.org.br/exposicoes/djanira-a-memoria-de-seu-povo).*

La couturière baisse les yeux vers ses mains. Le tissu blanc s’amasse sur ses genoux et efface presque la séparation entre ses vêtements et la pièce qu’elle coud. La chaise sombre dessine le contour du corps, tandis que ses pieds clairs se détachent sur le sol rose. La figure est comprimée entre le mur du fond et le bord du premier plan.

Les fleurs ont changé de place. Dans *Vendedora de flores*, elles formaient un bouquet qui recouvrait le corps. Ici, de petites tiges vertes et des corolles rouges se répètent sur le mur et le sol. Le motif floral suit le changement de plan : dressé sur le mur, incliné et étalé sur le sol. Une ligne sombre et ondulée délimite une partie de la zone inférieure.

À droite, le rideau rouge forme un bloc presque continu. Une petite ouverture bleue apparaît à côté. Ces deux grandes plages contrastent avec la répétition des petites fleurs. L’intérieur laisse peu d’espace vide, mais les mains restent faciles à repérer, là où le blanc rencontre la veste sombre.

La date, la technique et la collection du tableau figurent dans les notices de l’exposition de 2019 au MASP et à la Casa Roberto Marinho. La scène de couture renvoie à un métier que Djanira a elle-même exercé.[^masp2019][^casa]

## Casa de farinha, 1956

![Dans un hangar, des personnes travaillent autour de récipients et d'un long plan de travail courbe ; une roue en bois occupe l'avant, entre un cheval blanc et un homme à la chemise ouverte.](https://chicodasilva.org/editorial/djanira/casa-de-farinha-1280.jpg)

*Casa de farinha (Moulin à farine), 1956. Huile sur toile, 90 × 132 cm.

Djanira da Motta e Silva. Collection Roberto Marinho, Instituto Casa Roberto Marinho, Rio de Janeiro. Photographie : Pedro Oswaldo Cruz. [Notice de l'exposition au MASP](https://masp.org.br/exposicoes/djanira-a-memoria-de-seu-povo).*

Une grande roue jaune domine le premier plan. Le cheval blanc à gauche et l’homme à droite encadrent la structure, traversée par des poutres de bois et des courroies sombres. Derrière, une bande blanche se courbe d’un bout à l’autre de la composition. Les personnes travaillent le long de ce plan de travail et autour de récipients répartis dans le hangar.

Les gestes diffèrent. Deux personnages aux extrémités tiennent des outils au-dessus de surfaces circulaires blanches. Près du centre, deux femmes soulèvent un tissu au-dessus d’un récipient. Plus loin, un homme porte les mains au bord d’une longue caisse. Chaque tâche a sa place, et le plan de travail courbe maintient les figures proches les unes des autres.

Le jaune réapparaît sur l’axe central, les poutres du toit et les contours des récipients. Les vêtements clairs et les zones blanches de farine interrompent le fond brun. Le regard peut suivre la roue, remonter le long des poutres et atteindre les travailleurs du fond. La construction de l’espace dépend de ces rencontres entre courbes et droites, aussi visibles que les étapes du travail.[^casa]

## Serradores, 1959

![Un homme en chemise rouge tient une scie bleue au-dessus d'un grand tronc ; un autre travailleur apparaît plus bas, entre des planches jaunes, des bœufs et un paysage de maisons et de collines vertes.](https://chicodasilva.org/editorial/djanira/serradores-1280.jpg)

*Serradores (Scieurs), 1959. Huile sur toile, 136 × 131 cm.

Djanira da Motta e Silva. Collection Roberto Marinho, Instituto Casa Roberto Marinho, Rio de Janeiro. Photographie : Pedro Oswaldo Cruz. [Notice de l'exposition au MASP](https://masp.org.br/exposicoes/djanira-a-memoria-de-seu-povo).*

La scie bleue descend en diagonale à travers le centre du tableau. L’homme en chemise rouge travaille debout sur le tronc ; en dessous, son partenaire en chemise verte est en partie caché par le bois et les bœufs. L’outil lui-même disparaît à l’endroit où il passe derrière le tronc, reliant visuellement les deux travailleurs.

Les planches jaunes à gauche s’appuient les unes sur les autres et forment une suite d’angles. Les troncs traversent la peinture en bandes horizontales. L’un d’eux s’approche si près des bords qu’il semble occuper toute la largeur disponible. La chemise rouge et la scie bleue se détachent du bois brun par des zones de couleur presque sans dégradé.

En haut, les maisons sont petites par rapport aux hommes. Des collines vertes se succèdent jusqu’à une étroite bande de ciel bleu, et un moulin blanc apparaît à droite. En bas, les corps de deux bœufs occupent une large bande du premier plan. Le travail de sciage se loge entre la présence des animaux et le paysage lointain.[^casa]

Le sujet permet une comparaison avec *Homens serrando toras* (Hommes sciant des troncs), de 1948, commenté dans l’article sur [José Antônio da Silva](https://chicodasilva.org/fr/articles/jose-antonio-da-silva-peinture/). Silva place les travailleurs près d’une grande masse de bois dans un paysage grisâtre. Djanira répartit le sciage en bandes de couleur, avec des planches jaunes et une lame bleue qui traverse le centre. Leur tâche commune permet de mieux voir les différences d’échelle et de composition.

## Djanira et l’art moderne brésilien

Dans la rétrospective *Djanira: a memória de seu povo* (Djanira : la mémoire de son peuple), en 2019, Isabella Rjeille et Rodrigo Moura ont remis en question les classifications de sa peinture comme “primitive” ou “naïve”. L’exposition réunissait le travail et les travailleurs avec d’autres sujets de sa production, comme la vie religieuse et les fêtes populaires.[^masp2019]

Lauro Cavalcanti observe que l’attention portée aux sujets populaires peut reléguer au second plan l’élaboration formelle de Djanira. Sa lecture attire l’attention sur le choix des couleurs et l’économie des plans. Dans *Serradores*, il suffit de suivre la lame bleue entre les troncs pour voir comment un outil du métier détermine la direction du regard.[^casa]

La discussion de ces classifications se poursuit dans l’article [Chico da Silva et l’art naïf brésilien](https://chicodasilva.org/fr/articles/art-naif-bresilien/). Pour voir d’autres peintures de Djanira, la notice de l’exposition au [MASP](https://masp.org.br/exposicoes/djanira-a-memoria-de-seu-povo) rassemble des reproductions et leurs crédits, notamment ses scènes minières des années 1970.

[^masp2019]: MASP. [*Djanira: a memória de seu povo*](https://masp.org.br/exposicoes/djanira-a-memoria-de-seu-povo), du 1er mars au 19 mai 2019. Commissariat d’Isabella Rjeille et Rodrigo Moura. Présentation, légendes et crédits de la galerie d’œuvres. En portugais.

[^flores]: MASP. [*Vendedora de flores*, 1947](https://masp.org.br/acervo/obra/vendedora-de-flores), MASP.01624. Notice et texte d’Isabella Rjeille et Rodrigo Moura, 2020, repris de *MASP de bolso*. En portugais.

[^casa]: Lauro Cavalcanti. Présentation de [*Djanira: a memória de seu povo*](https://casarobertomarinho.org.br/exposicao/23?locale=pt-BR), Casa Roberto Marinho, 2019. La page comprend les notices de *Costureira*, *Casa de farinha* et *Serradores*. En portugais.

[^masc]: Museu de Arte de Santa Catarina. [*Djanira Motta e Silva*](https://aplicacoes.fcc.sc.gov.br/wpmasc/artista/djanira-motta-e-silva/). Biographie et formation de l’artiste. En portugais.

## Pour poursuivre la lecture

-   [José Antônio da Silva : peindre le Brésil rural](https://chicodasilva.org/fr/articles/jose-antonio-da-silva-peinture/)
-   [Chico da Silva et l’art naïf brésilien](https://chicodasilva.org/fr/articles/art-naif-bresilien/)
