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title: "Unica Zürn : dessins, anagrammes et visages changeants"
description: "Chez Unica Zürn, une ligne peut appartenir à plusieurs visages. Trois dessins montrent comment yeux, vides et taches d'encre transforment les créatures."
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Art et artistes

# Unica Zürn : dessins, anagrammes et visages changeants

Chez Unica Zürn, une ligne peut appartenir à plusieurs visages. Trois dessins montrent comment yeux, vides et taches d'encre transforment les créatures.

Une anagramme permet d’écrire une autre phrase avec les mêmes lettres. Toutes les lettres de la phrase doivent être réutilisées, avec leurs répétitions, dans un ordre différent. Unica Zürn (1916–1970) a fait de cette pratique une forme de poésie. Dans *Hexen texte*, publié à Berlin en 1954, poèmes-anagrammes et gravures partageaient déjà un livre.[^carlos]

Dans ses dessins, la ligne peut elle aussi participer à plusieurs figures. Un œil rencontre un autre front, la courbe d’un nez se poursuit jusqu’à une bouche appartenant à un autre visage. La parenté avec l’anagramme tient à cette capacité de réorganiser des éléments reconnaissables. C’est une manière de lire les images, sans supposer que chaque feuille a été conçue comme un poème.

Zürn écrivait des nouvelles publiées dans la presse allemande et, à Paris, fréquentait des artistes et écrivains du groupe surréaliste.[^drawing] Dans les feuilles réunies ici, aucune histoire illustrée n’attend simplement d’être déchiffrée. Chaque reconnaissance ouvre une difficulté nouvelle.

## À qui appartient cet œil ?

![Une tête ovale composée de plusieurs profils et yeux superposés, dessinés en fins traits noirs sur papier clair.](https://chicodasilva.org/editorial/unica-zurn/untitled-1965-640.jpg)

*Unica Zürn. Sans titre (Untitled), 1965. Encre et gouache sur papier, 65 × 50 cm.

Reproduction : AWARE. Courtesy Ubu Gallery, New York & Galerie Berinson, Berlin. Photographe et collection propriétaire non identifiés dans la notice. [Notice et reproduction sur AWARE](https://awarewomenartists.com/artiste/unica-zurn/).*

Le grand œil en haut à droite semble, un instant, organiser la tête dessinée en 1965. Un vaste front s’étend au-dessus de lui et des lignes suggèrent le côté du visage. Mais, en dessous, un autre œil pointe dans une direction différente. À gauche, un long profil traverse la composition ; au centre, un nez plus petit s’approche d’une bouche pleine de dents. Plusieurs visages peuvent être assemblés, sans qu’aucun réunisse toutes les parties.

Le plus étrange se produit au croisement des lignes. Un contour que nous suivions comme une peau traverse un autre visage et demeure visible. Aucune surface opaque ne cache ce qui se trouve derrière. Zürn conserve simultanément plusieurs visages possibles, comme si leurs parois étaient transparentes. La grande courbe extérieure contient l’ensemble, mais l’intérieur reste partagé entre des directions incompatibles.

Elle répartit aussi inégalement le travail du trait. De larges espaces presque vides s’étendent sur le front. Près des yeux s’accumulent des écailles, de petits cercles et des lignes parallèles. Le passage entre ces régions fait paraître une courbe isolée plus longue encore, une bande étroite de marques plus épaisse. Le dessin acquiert du poids sans tout remplir de noir.

Cette façon de partager une figure se précise à côté de *Sans titre*, peint par Chico da Silva en 1972.

[![Un oiseau au long bec face à un poisson, tous deux au corps densément ornementé, sur fond jaune. Sans titre, Chico da Silva, 1972, acrylique sur toile.](https://img.chicodasilva.org/jcc-033/chico-da-silva-untitled-1972-acrylic-on-canvas-60x72cm-joao-cunha-collection-jcc-033-chicodasilva.org-1280.jpg)](https://chicodasilva.org/fr/peintures/sans-titre-1972-033/)

*[Sans titre (1972)](https://chicodasilva.org/fr/peintures/sans-titre-1972-033/), Chico da Silva João Cunha Collection.*

L’énorme bec du grand animal touche presque la tête du petit être à droite. La rencontre est serrée, mais les deux yeux et les deux contours permettent de suivre chaque corps. Les spirales du dos et les lignes du ventre changent de dessin à l’intérieur de zones déjà délimitées. Chez Zürn, la difficulté surgit plus tôt : suivre un profil peut nous mener à la bouche ou à l’œil d’un autre. Le rapprochement précise l’enjeu de la feuille de 1965, où reconnaître un individu ne met pas fin à la recherche des autres.

## Paris et le dessin automatique

Zürn s’installe à Paris avec Hans Bellmer en 1953. En 1959, elle participe à *Eros*, chez Daniel Cordier ; en janvier 1962, elle expose dessins et gouaches au Point Cardinal.[^aware] Son œuvre visuelle circule dans les expositions et les publications, parallèlement à son travail d’écrivaine.

Le Michael C. Carlos Museum identifie des dessins automatiques dans sa production.[^carlos] Le terme appartient aux expériences surréalistes qui laissent la ligne avancer sans sujet entièrement défini à l’avance.[^automatism] Devant une feuille achevée, nous percevons les rencontres que ce procédé rend possibles, mais pas l’ordre dans lequel chaque trait a été tracé. Un front peut venir s’ajuster à une courbe ; l’image finale garde cet ajustement, pas le film du geste.

## Le noir ouvre des trous

![Une créature au long cou et aux prolongements latéraux, remplie d'yeux et de réseaux de lignes entre de grandes taches noires.](https://chicodasilva.org/editorial/unica-zurn/untitled-1963-640.jpg)

*Unica Zürn. Sans titre (Untitled), 1963. Encre sur papier, 64,8 × 49,5 cm.

Reproduction : AWARE. Courtesy Ubu Gallery, New York & Galerie Berinson, Berlin. Photographe et collection propriétaire non identifiés dans la notice. [Notice et reproduction sur AWARE](https://awarewomenartists.com/artiste/unica-zurn/).*

La créature de 1963 a un autre humour. Au sommet d’un long cou apparaît une tête tournée vers la gauche, avec deux yeux et une bouche sombre qui semble ouverte. Une grande masse noire occupe le côté supérieur droit. À l’intérieur se trouve une petite forme blanche et ovale : un vide qui fait presque fonction d’œil supplémentaire.

Ce procédé revient dans le corps. Entre les écailles et les traits fins, des taches noires contiennent des fentes claires ; par endroits, elles ressemblent à des graines coupées. Difficile de décider si nous voyons une marque sur la peau ou un organe. En conservant le papier à l’intérieur du noir, Zürn produit un détail qui semble à la fois éclairé et évidé.

Les prolongements latéraux ont une autre vitesse. L’un traverse la marge gauche comme une tige ; celui de droite s’amincit jusqu’à devenir presque un fil. La partie inférieure se défait en pointes recourbées, certaines claires, d’autres remplies de lignes. Le centre, chargé de petits motifs, reste suspendu entre des extrémités très légères.

Le papier alentour participe à cette suspension. La grande tête a assez de place pour s’incliner sans rencontrer d’autre objet. La courbe du corps ne repose sur aucun sol ; elle revient vers elle-même. Le contraste entre cette face presque comique et les détails auxquels aucun nom ne convient garde la créature troublante, même une fois sa silhouette reconnue.

## Une figure qui s’étend vers les bords

![Une figure horizontale aux nombreux yeux et aux pointes fines, dessinée en noir, rouge et jaune sur papier clair.](https://chicodasilva.org/editorial/unica-zurn/untitled-1959-1280.jpg)

*Unica Zürn. Sans titre (Untitled), 1959. Encre et gouache sur papier, 45,1 × 61,9 cm.

Reproduction : AWARE. Courtesy Ubu Gallery, New York & Galerie Berinson, Berlin. Photographe et collection propriétaire non identifiés dans la notice. [Notice et reproduction sur AWARE](https://awarewomenartists.com/artiste/unica-zurn/).*

Dans le dessin de 1959, la couleur entre par petits signes. Des carrés jaunes et rouges apparaissent entre les traits ; des lignes rosées parcourent certaines zones sans couvrir le papier. La plus forte concentration se trouve près du centre, où deux formes arrondies et sombres peuvent être lues comme des yeux. À droite s’ouvre une bouche ou un bec très large, aux contours fins.

La figure se prolonge vers le haut et vers le bas à gauche. Chaque pointe semble demander une attention particulière : l’une invite à suivre un fil presque sans épaisseur ; une autre contient des réseaux de courbes si petites que le contour devient secondaire. La masse est inégalement répartie. Dans certaines zones, l’encre disparaît presque ; ailleurs, les traits se densifient jusqu’à former une petite ombre.

L’intervalle de papier clair à l’intérieur de la bouche, à droite, est immense par rapport aux marques colorées. Il ouvre l’ensemble, tandis que les longues pointes empêchent le corps de se terminer d’un bloc. Le mouvement vient de ces différences d’étendue et de densité. Le jaune et le rouge ne donnent pas une peau continue à la créature ; ce sont des événements dispersés à l’intérieur d’elle.

## Le dessin continue dans le livre

En 1967, *Oracles et spectacles* réunit à nouveau les deux moyens : quatorze poèmes-anagrammes accompagnés de huit eaux-fortes, avec un frontispice de Bellmer. Les Beaux-Arts de Paris en conservent un exemplaire et en décrivent la composition.[^beauxarts] Ce format donne une forme matérielle à un rapport que les feuilles suggèrent déjà : lire et regarder peuvent exiger le même retour à un passage qui semblait résolu.

Dans le visage de 1965, il suffit de quitter quelques secondes le plus grand œil pour qu’un profil latéral s’impose. Quand nous revenons, la tête paraît déjà différente. Les marques restent disponibles, comme les lettres de l’anagramme. Le travail de les réunir recommence à chaque passage.

[^carlos]: Michael C. Carlos Museum. [*This Strange Presence: Unica Zürn Etchings*](https://carlos.emory.edu/exhibition/strange-presence), exposition du 15 février au 20 septembre 2020 : dessin automatique, *Hexen texte* (1954) et *Oracles et Spectacles* (1967). En anglais.

[^drawing]: The Drawing Center. [*Unica Zürn: Dark Spring*](https://drawingcenter.org/exhibitions/unica-z%C3%BCrn-dark-spring), exposition du 17 avril au 23 juillet 2009, commissariat de João Ribas : production littéraire, cercle surréaliste et œuvres à l’encre et à l’aquarelle. En anglais.

[^aware]: Andrea Oberhuber et Agnès de La Beaumelle. [*Unica Zürn*](https://awarewomenartists.com/artiste/unica-zurn/), AWARE, extrait du *Dictionnaire universel des créatrices*, 2013 : Paris, exposition *Eros*, exposition de 1962 et notices des trois reproductions.

[^automatism]: The Museum of Modern Art. [*Miró: Artistic context, Surrealism*](https://www.moma.org/interactives/exhibitions/1998/miro/artistic_context3.html), 1998: dessin automatique et reconnaissance ultérieure d’éléments figuratifs.

[^beauxarts]: Beaux-Arts de Paris. [*Unica Zürn : Oracles et spectacles*](https://beauxartsparis.fr/en/collectionoeuvre/unica-zurn). Notice de l’exemplaire 8/120 : édition de 1967, quatorze poèmes-anagrammes, huit eaux-fortes et contribution de Hans Bellmer. Page en anglais, fiche technique également en français.

## Pour poursuivre la lecture

-   [Peinture onirique : comment les artistes inventent un monde](https://chicodasilva.org/fr/articles/peinture-onirique/)
-   [Primitif, naïf, indigène](https://chicodasilva.org/fr/articles/primitif-naif-indigene/)
